Aujourd’hui encore, de nombreuses universités suisses sont bloquées par des étudiants qui demandent un peu de cohérence avec le système de Bologne, un peu de transparence sur l’obtention des bourses, la possibilité de se loger aussi.
La situation n’est pas forcément aussi désastreuse qu’en France, où de nombreux étudiants comptent sur le secours populaire pour se nourrir, mais c’est pas brillant. Une situation globalement pas brillant puisque pas loin d’une quarantaine d’universités sont occupées à travers l’Europe dans le cadre d’une semaine d’action baptisée : « Notre éducation n’est pas à vendre ».
Et c’est précisément bien là qu’est le problème. L’université « privatisée » ou tout du moins grande ouverte à l’économie privée, comme à Bâle où le Conseil de l’université est composé en grande partie de personnes issues des grandes firmes de la place. Le président du conseil académique est par exemple un ancien de Sandoz et Holderbank, Holderbank étant le numéro 2 mondial du ciment. Du coup, les étudiants craignent que ça nuise à la recherche fondamentale au profit de la rentabilité. Des craintes légitimes puisque la logique des entreprises de la chimie leur fait déjà largement préférer le Viagra qui rapporte à un vaccin contre la malaria. Et ce n’est qu’un exemple.
C’est d’ailleurs le même problème dans tout ce qui touche à l’économie. Un jour, si ce n’est pas déjà le cas, les universitaires qui voudront des subsides devront plaire aux privés qui financeront leurs recherches. Ils devront dire, comme certains de leurs collègues scientifiques, si longtemps payés par les cigarettiers, que la fumée est excellente pour la santé. Les économistes qui travaillent dans les banques sont déjà obligés de raconter ce que leurs patrons veulent entendre, ou alors de prendre la porte. Raison pour laquelle ils ont raconté n’importe quoi avant que la crise les rattrape et nous assomme.
Et c’est pas fini. L’autre jour encore, le directeur des « études » du Crédit Foncier français a été remercié pour avoir exprimé des opinions sur le logement locatif qui ne plaisaient pas à son employeur…
Les économistes sont priés de raconter des salades et ils ont l’oreille des politiciens qui les écoutent. Mais quand leurs salades déclenchent des crises qui nous mettent tous dans la merde, plus personne ne prend ses responsabilités. Au final, c’est nous qui finissons par payer la facture. C’est dire si les étudiants ont raison de débrayer pour lutter contre la mainmise de l’économie sur l’enseignement. Parce que si on y réfléchit deux secondes, deux petites secondes… Quelle raison aurions-nous de financer des universités dont l’enseignement consisterait à former des économistes payés pour nous raconter des salades, qui finiraient pas nous mettre dans la merde ?